L’édito d’Yves Pascouau · L’Aquarius et après

Yves Pascouau revient sur l’affaire « Aquarius » pour en tirer quelques enseignements, il nous dit, par exemple, que si la situation n’est pas parfaite cela va quand même beaucoup mieux qu’en 2015 !

Bonjour Yves, vous souhaitez revenir ce matin sur l’affaire dite de l’Aquarius

Oui Alexandre, voilà un peu plus d’une semaine que cette affaire fait, à juste titre, la une des medias.
Maintenant que le navire est arrivé à Valence et que la situation des personnes secourues va être
examinée, le temps est venu de tirer quelques enseignements de cette séquence.

De cette séquence folle pourrait-on dire

Folle… ? Hystérique vous voulez dire ! A écouter les réactions politiques on se serait cru revenu à
l’été 2015 quand 1 million de personnes sont remontées depuis la Grèce vers l’Allemagne et que
l’espace Schengen était au bord de l’explosion.

La surenchère politique et médiatique a passé sous silence le fait que les arrivées en Europe ont très
largement chuté et que Schengen a été renforcé par l’action des Etats et l’Union européenne.
Autrement dit, si la situation n’est pas parfaite cela va quand même beaucoup mieux qu’en 2015 !

D’accord mais le refus de l’Italie d’ouvrir ses ports est une nouvelle donne

Nouvelle certes mais pas surprenante. Cette décision illustre le changement du paysage politique en
Italie. En 2013, la réponse du gouvernement italien face à l’absence de solidarité des partenaires
européens avait été de lancer une opération de sauvetage en mer. Aujourd’hui, c’est une autre
politique qui l’emporte celle de la fermeture des ports italiens aux personnes secourues…

C’est en effet une illustration parlante

Et qui ne doit pas être vue comme un épiphénomène en Europe quand on voit le nombre croissant
de gouvernements dans lesquels siègent des représentants de l’extrême droite ou de la droite
extrême. Et il n’est d’ailleurs pas surprenant de voir resurgir l’idée d’ouvrir des centres de protection
européens dans les pays d’origine ou de transit. Idée qui sera certainement discutée lors du prochain
Conseil européen de juin.

Intellectuellement elle peut être séduisante puisqu’il s’agit d’identifier dans les pays tiers les
candidats à l’asile, qui pourront alors être admis dans l’UE, et d’empêcher ceux qui souhaitent venir
pour d’autres raisons d’y accéder.

Séduisante mais…

Mais on s’y prend comment, avec qui et avec quelles garanties ? Il faut d’abord qu’un pays tiers
accepte l’établissement d’un tel centre sur son territoire mais avec qui allons-nous dealer, l’Egypte, la
Turquie, le Niger, la Lybie… ? Ensuite, il faut des ressources humaines et logistiques considérables
pour procéder à l’enregistrement, à l’identification et à l’administration de chaque cas. Qui le fera ?
Des agents du pays d’accueil, des agents des Etats membres ou encore des agences européennes ou
des nations-Unies, tout ceci à la fois ? Et avec quelles responsabilités et quelles garanties de respect
des droits fondamentaux ? Si l’idée fait son chemin, elle pose aujourd’hui plus de questions qu’elle
n’apporte de réponses.

Et enfin, il faut souligner que si ces centres devaient avoir pour objectif de rejeter un grand nombre
des demandes d’asile, ils ne régleront aucun problème car, comme aujourd’hui, les candidats rejetés
s’en remettrons aux passeurs et autres criminels.

Yves Pascouau

Éditeur du site www.EuropeanMigrationLaw.eu - Chercheur associé à l'Université de Nantes. Docteur en droit public de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Sa thèse porte sur "La politique migratoire de l’Union européenne". Titulaire de la Chaire Schengen

Ex-directeur au European Policy Centre (Bruxelles) –
Chercheur associé sénior à l’Institut Jacques Delors (Paris) –

Quelques liens :